Jeux vidéo : le réveil des start-up
Il y aura une vie après Infogrames. Au sein de Lyon House, le studio historique employant quelque 65 personnes et condamné à fermer dans le cadre du plan de restructuration du groupe présidé par Bruno Bonnell, les projets de start-up vont bon train. Quatre sont en gestation et leurs promoteurs ont présenté, la semaine dernière, à la Game Connection de Lyon, leurs maquettes de jeux à des éditeurs susceptibles de financer leur développement. « La direction nous a donné la possibilité de rebondir plus vite en nous laissant préparer nos projets personnels avec les ordinateurs de l'entreprise pendant nos heures de présence, en attendant la mise en oeuvre des licenciements, en principe en février », reconnaît Benjamin Yoris. Ce juriste reconverti dans la programmation de jeux est cofondateur de Dream On, une des quatre jeunes pousses qui pourrait voir le jour début 2003 avec 6.000 euros apportés par les associés. Leur jeu « Treasure Quest » est le fruit d'une équipe composée de 6 collaborateurs de Lyon House.
Selen Studio, autre start-up en puissance, associe 10 salariés sous le pilotage de Patrice Ponce et Laurent Esteoule-Bado, respectivement directeur recherche et directeur financier développement et production Europe d'Infogrames. « Nous avons repris pour notre compte la préproduction de Ghost Blaster et nous négocions avec Infogrames le droit de récupérer les actifs (éléments de code, architecture générale) de ce jeu. Le moment venu nous espérons pouvoir acheter à des prix très compétitifs les kits de développement dont Infogrames n'aura plus besoin », souligne Laurent Esteoule-Bado. Il en va de même pour les promoteurs de Kawaï Game réunissant 8 personnes ou encore d'Otari Lab (6 personnes), les deux autres jeunes pousses en incubation.
Essaimage lyonnais
Dans un contexte différent puisque leurs emplois ne sont pas menacés, Marc-Antoine Argenton et Laurent Rosso, également collaborateurs d'Infogrames, espèrent porter sur les fonts baptismaux Saïmir Games, début 2003. Lors du précédent plan social qui avait touché une cinquantaine d'emplois en 2001, Eric Angelier a créé Pumpkin Effect, qui emploie aujourd'hui 16 personnes. « Infogrames nous avait soutenu en nous confiant le développement d'un de ses jeux auquel il vient de renoncer. Nous prospectons d'autres éditeurs pour trouver une relève et nous avons également deux autres produits en cours. » Depuis toujours, Infogrames a essaimé dans l'agglomération lyonnaise, où plus des deux tiers de la douzaine de sociétés de création de jeux vidéo sont des « spin-off » de cet éditeur. Tous ces entrepreneurs attendent de pied ferme les mesures promises par le gouvernement en faveur de ce secteur. « Il faudrait qu'une partie du million d'euros qui devrait être débloqué alimente un fonds de soutien à la création, même si cette somme est dérisoire par rapport aux moyens nécessaires pour développer un jeu », déclare Benjamin Yoris. Autre demande : « Nos structures sont dans une logique de maison de production avec des temps morts entre deux lancements de jeu. Notre activité exige beaucoup de souplesse sociale. Il faut pouvoir mettre en sommeil nos structures pendant les périodes transitoires », ajoute Laurent Franchet. Cet ancien de Darkworks s'active avec trois autres associés à mettre en piste Kando Games début 2003, à Paris. Après la vague de sinistres de 2002 _ une quinzaine de studios ont disparu en France _, un renouveau semble se dessiner pour ce métier dans l'Hexagone.